Relations

"Dieu nous aime gays !"

© Marc Beumier

Chrétien et homosexuel sont deux mots régulièrement présentés comme contradictoires, voire opposés. Ma rencontre avec Marc Beumier, juriste, en couple depuis 35 ans avec un homme, et coordinateur pour Bruxelles de la communauté du Christ libérateur, une association chrétienne LGBTI, m'a fait comprendre que ces deux facettes de l'identité sont compatibles.

Témoin de longue date

Marc, 62 ans, a toujours été conscient de son homosexualité. Fils d’une mère catholique pratiquante et d’un père athée, il a reçu une éducation chrétienne classique.

« Ma mère m’a inscrit au catéchisme jusqu’à mes 12 ans.

Et puis elle m’a laissé totalement libre. »

C’est à 19 ans qu’il s’intéresse vraiment au christianisme. Pendant une année d’étude à Paris, il découvre une association de jeunes homosexuels chrétiens. En 1978, dès son retour en Belgique, il cherche dans le journal s’il existe une association du même type. Il découvre la communauté du Christ libérateur, une association créée en 1974 par cinq étudiants de l’université de Leuven vivant en communauté. Il  participe ensuite  à toutes les rencontres de cette communauté qui devient une association ouverte. La CCL devient une ASBL en 2000 et compte aujourd’hui une centaine de membres effectifs ou adhérents, essentiellement des gays sans compter les sympathisants. Étant donné le nombre croissant d’adhérents et de sympathisants, elle s’est élargie à la Wallonie (Liège et Namur). Marc, quant à lui, a été élu coordinateur pour la région de Bruxelles.


Une démarche spirituelle

L’association regroupe des catholiques, des protestants et des orthodoxes. Pour participer aux rencontres, il est demandé d’être LGBTI et d’adhérer au message de l’Evangile. Les membres se rassemblent pour approfondir leur condition de LGBTI et découvrir quelle personne est Jésus pour eux. Il y a deux types d’activités : l’animation biblique, cette année, autour du livre de l’Exode, et l’animation extérieure, durant laquelle un invité vient donner une conférence sur un thème précis.  Enfin, une fois par an, ils partent en retraite dans un monastère ou un abbaye tous les groupes réunis. Ils organisent aussi la célébration oecuménique de la Gay-Pride de Bruxelles.

« Personnellement, ça m’a vraiment aidé à m’accepter. Et surtout, j’ai vu que c’est possible de vivre les deux. »
 

Un catholique engagé

Marc est chrétien, il est profondément touché par le message de l’Evangile. Mais comme il le dit lui-même, « la foi doit se renouveler chaque jour ». Il est donc accompagné par un religieux qui lui donne des orientations de vie.  À côté de cela, il est engagé dans sa paroisse au sein de l’équipe pastorale. Enfin, il participe chaque mois à des temps de prière dans l’institution thérésienne, une association catholique.

Il arrive que des prêtres ou des évêques soient invités à donner des conférences auprès de la Communauté du Christ libérateur. Et dans l’équipe pastorale, à qui il a parlé de son homosexualité, cela  n’a jamais posé de problème. Seule une personne,” voulant être plus catholique que le pape”, selon ses propos, s’est plainte auprès du prêtre de la paroisse.  
 

Une communauté toujours persécutée

Marc me raconte que parler de son homosexualité pouvait être vraiment risqué quand il était jeune : non seulement on risquait d’être attaqué physiquement mais on risquait de plus de perdre son travail. Quand je lui demande s’il trouve que la situation a changé, sa réponse montre que l’intolérance a diversifié ses formes  :

« Les jeunes ne sont pas plus tolérants qu’avant. Et je ne parle même pas des insultes sur internet. »

Et pour cause. Selon le dernier rapport d’Unia (anciennement nommé le Centre pour l’égalité des Chances) : « En 2016, le nombre de dossiers pour homophobie s’élevait à 104, soit une hausse de 12 % par rapport à 2015, et un bond de 30 % par rapport à 2014. Un tiers de ces agressions se déroule dans la sphère sociale. Une autre part importante concerne des dossiers liés à des propos haineux ou discriminatoires sur les réseaux sociaux [2]. »

Ajoutons enfin qu’il peut aussi exister un risque de discrimination sur le lieu de travail. Ça n’a pas été son cas, même s’il explique avoir mis très longtemps à le dire à ses collègues.

« Ce n’est qu’en 1995 que je me suis enfin décidé à le dire au boulot.

Tous mes collègues m’ont dit la même chose : on le savait déjà. »


Même chose pour sa famille. C’est avec un grand sourire qu’il me livre une anecdote :

« Mon père s’entend mieux avec mon compagnon qu’avec ses autres gendres. »

Petite ombre au tableau, une personne ne lui parle plus depuis qu’elle a remarqué son engagement religieux... à croire que certaines personnes peuvent avoir autant d’intolérance envers les croyants que d’autres en ont envers les gays.
 

Se reconnaître et s’accepter comme nous sommes

« Dieu nous aime tels que nous sommes », c’est ce que je retiens de cette rencontre. Et pour pouvoir le vivre aussi sereinement que Marc, il faut d’abord s’accepter soi-même.

Si tout le monde ne se sent peut-être pas concerné par les questions de l’homosexualité, et encore moins par les questions de foi, il y a une question qui touche tout être humain : l’authenticité. Être vrai avec soi-même est le meilleur moyen d’être vrai avec les autres.

 


[1] Voir le livre de Guy Ménard, « De Sodome à l’Exode, jalons pour une théologie de la libération gaie ».

[2] DH.be, « Toujours plus d’actes homophobes en Belgique », 19 mai 2017.

 

Portrait réalisé par Chris Mashini

Chris Mashini est un jeune de Bruxelles passionné de culture et engagé dans le dialogue interconvictionel.

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