Société

Un voyage de jeunes pour la paix

© Amandine Kech

Envoyer une trentaine d'étudiants belges en Israël-Palestine afin de mettre en lumière ceux qui militent pour la paix, c'est le défi qu'ont relevé trois écoles bruxelloises en 2015 puis en 2016, avec l'appui de l'association AIM. En mars 2015, des jeunes étudiants bruxellois ont fait un voyage de huit jours accompagnés d'une équipe caméra qui a enregistré leurs expériences.

Après une soixantaine d’années de conflit, on en aurait presqu’oublié qu’une partie de la société civile israélo-palestinienne milite pour la paix.  Nous rappeler qu’il y a des citoyens, tant israéliens que palestiniens, qui oeuvrent pour cette paix, c’était justement l’objectif de l'association Action in the Mediterranean et de trois écoles bruxelloises : le Lycée Dachsbeck, l’Institut des Arts et Métiers et le Lycée Jacqmain[1]. Au programme : visite de Jérusalem, de Tel-Aviv, d’un camp de réfugiés palestiniens, de l’école polyphonique de Tel-Aviv, etc. Autant de lieux où ces jeunes étudiants espéraient trouver des traces d’une volonté de « vivre ensemble » qui fait tant défaut aujourd’hui si l’on espère, un jour, voir la fin de l’interminable conflit qui ronge le(s) pay(s).

 

Un point de vue qui évolue

Belkacem est un des jeunes ayant pris part au projet. Ce jeune homme de dix-neuf ans étudie à l’école technique des « arts et métiers » en région bruxelloise. Au début, lorsqu’on lui parle du projet, il accepte : « sans trop y croire ». Mais, petit à petit, les choses semblent se mettre en place : cours sur le conflit Israélo-Palestinien, obtention de visa (il n’est détenteur que d’un passeport marocain), etc. Le plus dur pour Belkacem a été de convaincre ses parents : « J’ai dû leur faire comprendre qu’à l’époque le conflit était stable. Je leur ai aussi dit que j’allais aller visiter la mosquée. Puis, les organisateurs ont fait venir les parents pour leur expliquer combien de jours on partait, comment ça allait se passer au niveau de la nourriture et au niveau sécuritaire. Au final, ils ont accepté que je parte. »

Belkacem explique qu’avant de se rendre sur place, il partait avec l’a priori que « tous les Israéliens étaient mauvais ».  Mais son séjour lui a fait changer ses positions sur le conflit israélo-palestinien. Lors de son passage à l’école polyphonique israélienne, où des jeunes israéliens et palestiniens apprennent à jouer de la musique côte à côte, il s’est rendu compte que nombre de palestiniens ne détestaient pas leurs jeunes camarades de classe. Pour Belkacem, pas de doute, les responsables se sont les Etats : « Avant je pensais que tous les Israéliens étaient des terroristes. Maintenant, je pense que c’est l’Etat israélien qui est en cause : si ma vision a changé, c’est uniquement sur le peuple et non sur l’Etat. Je ne savais pas, par exemple, qu’il existait aussi des Arabes israéliens. »

 

« J’ai de la chance de vivre en Belgique »

L’endroit qui a le plus marqué Belkacem c’est incontestablement le camp de réfugiés palestiniens. Les conditions de vie extrêmement rudes, avec des coupures d’eau et d’électricité récurrentes,  des routes en mauvais état rendant l’arrivée d’ambulances difficile, ont surpris l’étudiant : « Quelqu’un d’ici qui irait vivre là-bas ne pourrait pas vivre ! ». Si les conditions de vie précaires l’ont surpris, c’est surtout en comparaison avec le luxe présent à Jérusalem et Tel-Aviv : « Quand j’ai visité Jérusalem et Tel-Aviv, j’ai vu des gens qui vivaient bien, avec de belles voitures. Donc quand je suis allé au village de réfugiés, ça m’a surpris ».  Pour Belkacem, cette expérience l’a changé. Être exposé aux conditions de vie des gens vivant dans le camp palestinien lui a permis de se rendre compte qu’il avait de la chance « d’être en Belgique, où il n’y a pas tout ça. Chaque fois que je vois le film ça me le rappelle. Il y en a qui trouvent le film bouleversant quand ils voient les images, mais le vivre, ça vous bouleverse encore plus ». 

 

Un conflit éminemment politique

Pour le jeune homme, le conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens est d’ordre politique. Alors que bien souvent on essaye de le faire passer pour une opposition de type religieux. Si l’objectif du reportage est de montrer les initiatives qui militent pour la paix, selon Belkacem, il s’agit d’une minorité de citoyens : « Sinon on n’en serait pas arrivé là, ils (sic : les citoyens) voteraient pour des gens qui militent pour la paix ». Un des obstacles majeurs au processus de paix en Israël/Palestine reste les instances dirigeantes qui, bien souvent, se nourrissent du ressentiment existant entre les deux communautés à des fins politiques.

Mais quelles solutions alors ? Pour Belkacem, un des éléments pouvant mener à la réconciliation est la création d’un Etat palestinien : « Comme ça, on a une situation où on a deux Etats l’un à coté de l’autre et non des terres sans Etat. » En effet, l’existence d’un Etat palestinien n’est toujours pas reconnue par une partie de la communauté internationale (La Palestine siège en tant qu’Etat non-membre observateur au siège des Nations-Unies depuis 2012 et n’est, aujourd’hui, toujours pas reconnue comme un Etat par 136 des 193 membres de l’Assemblée générale des Nations-Unies).  

 

Un reportage majoritairement bien accueilli

Depuis leur retour, les jeunes étudiants ayant pris part au voyage parcourent les établissements où ils diffusent et présentent leur reportage.  Ils sont déjà passés dans plusieurs écoles mais aussi à l’ambassade des Etats-Unis, par exemple. Le reportage est systématiquement bien accueilli. Prochainement, c’est en Flandre qu’ils se rendront, à Anvers, pour présenter leur travail.

Mais lorsque Belkacem est retourné dans son école, L’Institut des Arts et Métiers, pour diffuser le reportage, celui-ci n’a pas été très bien reçu par certains de ses camarades. Des tensions sont rapidement apparues : « C’est un peu de notre faute, on a monté le reportage pour supprimer tous les débats. On aurait dû laisser toutes les étapes du voyage pour montrer qu’il y a des gens bien des deux cotés », nous confie Belkacem.  Il a, d’ailleurs, déjà prévu de rediffuser le reportage dans son école et en entier cette fois. En espérant que le public sera moins agressif et qu’il percevra ce que les jeunes gens ont vu : « qu’il y a du bon des deux cotés ».

 

VOIR LE REPORTAGE " ISRAËL - PALESTINE : POUR MIEUX COMPRENDRE "

PAGE FACE BOOK du projet  " ISRAEL-PALESTINE : POUR MIEUX COMPRENDRE"


[1] Depuis l’écriture de cet article, l’asbl AIM a accompagné trois nouvelles écoles bruxelloises en Israël-Palestine en 2016. 

 

Portrait réalisé par Charles Regnier

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