Culture

Rachel Onema : chanteuse, auteure et comédienne

La Belgique compte plus de 183 nationalités, européennes ou non, et autant de cultures et sonorités différentes. Dans cette série de portraits consacrée aux jeunes musiciens, nous nous sommes demandé dans quelle mesure la musique pouvait être un facteur de lien entre personnes. Nous avons rencontré Rachel Onema, une artiste aux mille et une facettes.

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Rachel Onema, je suis mariée et mère de deux enfants. Je suis née au Congo mais je suis venue en Belgique quand je n’avais qu’à peine 1 mois.

Je me définis comme chanteuse et auteure, je rédige moi-même les paroles de mes chansons. Pour moi, la musique est plus qu’une simple passion, c’est vraiment LA priorité de ma vie. RIEN NE PASSE AVANT LA MUSIQUE ! Il m’est même arrivé de rater des examens car je devais être en studio pour enregistrer. C’est quelque chose que je porte dans mon cœur, qui me fait vibrer. Je souhaite partager ces émotions avec le public. Ça ne remplit pas mon compte en banque pour l'instant, mais j'ai la conviction profonde que ces sacrifices finiront par payer.  

 

Pour avoir une idée plus précise, peux-tu décrire ton style de musique ?

Mon style musical est assez éclectique, difficile à classer dans une case bien précise. En effet, mes influences sont variées : ça va du hip-hop à la soul, en passant par le jazz. J’écoute aussi bien du Maxwell que du Chaka Khan, mais j'aime surtout les chanteuses comme Tamar Braxton (soeur de Toni). Ce genre d'artiste mature et persévérante, qui ne fut reconnue et récompensée pour ses talents de chanteuse et d'auteure qu'à 36 ans, m'inspirent fortement. Ils prouvent que seuls ceux qui persévèrent réussissent, et qu'il n'est jamais trop tard pour réaliser ses rêves.  

Dans mes chansons, j’aime ajouter des sonorités africaines, et les mélanger avec de l’électro. Mais pour faire simple, quand on pose la question, je réponds que je fais du « melting pop ».

 

Raconte-nous ton parcours musical. Quand t’es venue l’envie de faire de la musique ? Et comment es-tu entrée dans ce monde?

A 5 ans, j’ai eu une révélation : je serais chanteuse. Depuis, je n’ai cessé de travailler en vue de cet objectif. Au début, comme tout le monde, je chantais dans ma chambre. Ensuite, j’ai commencé à chanter dans la chorale de mon église. Puis, j’ai suivi le parcours de l'académie : solfège, piano, danse classique. Mais je me suis vite rendu compte que ça ne correspondait pas vraiment à la musique que j'aimais écouter.

Les choses sérieuses ont commencé quand j’ai eu 17 ans. J’avais déjà une petite réputation de chanteuse, à l’école et dans mon cercle d’amis. Lors d'une fête familiale, j'ai fait connaissance avec un beatmaker, Sir Luc. 7 jours plus tard, j'étais en studio avec lui pour enregistrer ma première chanson. C'était en 1998, à l'époque on utilisait encore les cassettes audio.

 

La musique t’a-t-elle permis de rencontrer d’autres personnes, et surtout d’autres cultures ?

Personnellement, j’ai commencé à chanter dans un groupe après avoir participé à un casting, avec 250 participants. Ensuite, j’ai continué à chanter en solo. J’ai rencontré beaucoup de producteurs, surtout américains ; j’ai fait des premières parties de spectacles ; j’ai même participé à une télé-réalité diffusée sur Plug RTL pendant un mois (Urban school, avec le chanteur Pegguy Tabu).


En ce qui concerne la rencontre avec d’autres cultures, j’ai participé le 7 mai dernier au Festival of World Cultures. C’était un festival des cultures du monde qui avait lieu en plein air, en face de la Bourse et sur tout le piétonnier dans le centre de Bruxelles. L’objectif était de faire connaitre les différentes cultures qu’on trouve à Bruxelles. Les artistes de Bruxelles faisaient la promotion de la diversité. Il y avait plein d’activités, de stands, et même la possibilité de goûter aux plats typiques des pays participants. Je connaissais l’organisateur de l’événement, Mehdi Green, et j’ai directement accepté quand il m’a proposé d’y participer. Plus largement, j’aime représenter la diversité.

 

Et la diversité justement, qu’est-ce que ça t’évoque ?

Pour moi, c’est quelque chose de normal : mon mari est suédois, et mes enfants sont métis. Je pense que la diversité est une richesse. Une société diversifiée est une société multiple. Et multiplier les cultures est la meilleure manière de multiplier les richesses.

Mais attention, si je suis pour la diversité, je ne suis pas pour autant pour le mélange où on ne saurait plus distinguer la spécificité propre à chaque culture. C’est toute la différence entre communion et confusion. Pour que tout aille bien, chacun doit pouvoir être bien assis dans sa culture. Sinon, au lieu d’en avoir plusieurs, on n’en a qu’une seule, et qui n’en représente aucune.   

 

Pour conclure, as-tu un message à transmettre ?

Personnellement, je me suis donné pour mission de mettre la musique à l’honneur. Et pour moi, cela signifie d’abord lui donner plus de spiritualité et plus de hauteur. On dit souvent que la musique est un langage universel, mais c’est surtout un langage intérieur, un langage de l’âme. C’est même une question de santé. Avec la « fast food music », on ne souille pas seulement nos oreilles, mais plus grave, on souille carrément notre âme.


Il faut vraiment que les musiciens prennent conscience du pouvoir immense qu’ils exercent sur les gens qui les écoutent. Faire de la musique, c’est loin d’être quelque chose d’anodin. On touche les gens dans leur intimité, et on peut influencer leur humeur, en bien ou en mal. Chaque chanteur a donc un rôle important à jouer.

 

Une dernière chose à ajouter ?

Oui, j'ai oublié de préciser que je suis aussi actrice. C'est une nouvelle expérience, mais surtout une nouvelle opportunité de défendre l'image de la femme. En effet, quand je vois l’image de la femme qui est véhiculée dans la musique aujourd’hui, je trouve ça tout simplement IMPOSSIBLE. En tant que femme, je tire la sonnette d’alarme. Il est urgent de lui redonner une image positive.

 

ECOUTE RACHEL ONEMA 

RETROUVE RACHEL ONEMA SUR FACE BOOK

 

Retrouvez Rachel, ainsi que toute la compagnie des acteurs de DBSC Productions dans « Les Bijoux de l’âme », un mini-sitcom issu d'une pièce de théâtre jouée à Bruxelles qui relate les aventures de la diaspora africaine en Europe. Rachel y interprète le rôle de Nina, une jeune femme indépendante qui fait tout pour sortir sa meilleure amie (Bijou) de l’emprise de son mari violent et de sa mère. C'est aussi elle qui chante le générique de la série : Work it Out.

La série est diffusée tous les mercredis à 18h15, du 19 octobre au 21 décembre 2016 sur Voxafrica.

Portrait réalisé par Chris Mashini

Chris Mashini est un jeune de Bruxelles passionné de culture et engagé dans le dialogue interconvictionel.

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