Relations

Femme, homme, LGBTQI+... On est tout simplement humain !

28 mars 2018

Etudiante à l'ULB, elle a 22 ans et est d'origine polonaise. Depuis 12 ans en Belgique, elle travaille, aime sortir et prendre du temps pour elle. Dans cette interview, elle nous raconte qu'un être humain ne peut être réduit à une initiale dans un sigle.

Comment t’identifies-tu dans les communautés LGBTQI+ [1]?

Disons que je suis quelque part entre le B[2] et le L[3]. Je ne me pose pas trop la question à vrai dire, je suis mon feeling. Beaucoup de personnes ne sont pas représentées par une lettre, ce n’est pas ça qui importe pour moi en tout cas. Le plus important, c’est d’avoir le soutien nécessaire et être en contact avec des gens qui, comme nous, veulent se battre pour avoir les mêmes droits que les autres. Ce n’est pas une question de lettre, c’est plus large que ça.
 

Quand as-tu pris conscience de cette identité ?               

Je devais avoir 12 ans quand j’ai réalisé qu’une fille me plaisait. J’étais bien plus mature que la plupart des gens de mon âge. C’était intense, elle était un peu plus âgée que moi et m’a fait découvrir le monde LGBTQI+. On est toujours en contact aujourd’hui, je ne la remercierai jamais assez. Elle m’a montré que c’est tout à fait normal, qu’il faut s’accepter comme on est et que si ce n’est pas toujours facile, ça en vaut le coup.
 

Comment ton coming-out s’est-il déroulé auprès de ta famille, de tes amis et connaissances ?

Mon coming-out s’est assez bien passé. En ce qui concerne mes amis, la plupart a bien réagi. J’ai eu droit à quelques remarques déplaisantes mais ce n’était rien de grave et ce genre de personnes ont de toute façon vite disparu de ma vie. Par contre, concernant ma famille, à part ma sœur, personne n’est au courant. Ils sont homophobes et on n’est pas assez proches pour partager ce genre d’informations. Si un jour je suis dans une relation sérieuse et que je compte m’investir à 100%, je n’aurai aucun soucis à leur en parler.

« Je ne suis pas juste LGBTQI+, j’ai beaucoup de qualités et de défauts qui créent ma personnalité et ma manière d’être. »


Comment cela a pu influencer ta vie, tes relations sociales ?

Après ce coming-out, j’étais plus à l’aise avec moi-même et mon entourage. Je n’avais plus à « me cacher » en quelque sorte. Je pouvais parler tranquillement du fait que j’avais rencontré quelqu’un, homme ou femme, peu importe. Le point extrêmement positif est que j’ai rencontré beaucoup de personnes de la communauté LGBTQI+. Je ne sais pas si ça a un lien avec le fait que j’étais devenue plus à l’aise avec ma sexualité.
 

Est-ce important pour toi de faire partie d’une communauté ou d’un groupe ?

Ça fait toujours du bien de rencontrer d’autres personnes qui connaissent ta situation et qui comprennent d’éventuels problèmes et perçoivent certaines émotions. Même si les personnes hétérosexuelles sont tout aussi aimables, les personnes des communautés LGBTQI+ comprennent mieux le processus psychologique par lequel je passe et il est plus facile d’avoir une conversation particulière avec ces personnes.
 

Est-ce que tu te sens parfois discriminée au sein de la communauté LGBTQI+ en tant que femme ? Si oui, comment ?

Honnêtement, je pense que le fait que je sois une femme ne change absolument rien. Par contre, dans la société, le fait d’être une femme est une autre affaire. Pas besoin de préciser toutes les injustices que toutes les femmes, LGBTQI+ ou autre, rencontrent dans leur quotidien.
 

Est-ce que le fait d’être LGBTQI+ a influencé tes relations avec tes amies, les femmes de ton entourage, dans la communauté polonaise en Belgique ? Est-ce que tu te sens parfois discriminée de par ton identité ?

Ce n’est pas parce que je suis une femme lesbienne et bisexuelle que je vais d’office « sauter » sur toutes les femmes que je rencontre. C’est une question de réalité et de respect de le reconnaître. Généralement, les femmes de mon entourage ne sont absolument pas influencées par ma sexualité. Et tant mieux, je ne suis pas juste LGBTQI+, j’ai beaucoup de qualités et défauts qui créent ma personnalité et ma manière d’être.

La seule chose pénible dans tout ça, et je pourrais en parler pendant des heures, ce sont les (petites) blagues. Les gens ne s’en rendent pas compte la plupart du temps, mais c’est épuisant.
 

En conclusion de cette interview, que penses-tu qu’il manque aujourd’hui dans notre société belge pour une meilleure représentation des femmes LGBTQI+ ?

Je trouve qu’il faudrait informer les enfants dès le plus jeune âge ou dès l’école secondaire. Leur expliquer, casser les mythes et les clichés sur les personnes LGBTQI+, leur montrer que c’est tout à fait normal et naturel.

A part à l’école secondaire, il faudrait faire un effort dans tous les domaines, on ne va pas se mentir.

Après tout, le monde serait meilleur si on arrêtait de préciser qu’une personne est LGBTQI+ ou pas, qu’elle doit faire son coming-out. Pourquoi les hétérosexuel·le·s ne doivent pas le faire ?

Il faut surtout continuer à se battre pour les mêmes droits pour tou·te·s. Avant d’être femme, homme, LGBTQI+, handicapé, musulman, on est tout simplement humain.

 


[1] Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Trans, en Questionnement, Intersexes, le + englobe toutes les identités de genre et orientations sexuelles. 

[2] Bisexuelle.

[3] Lesbienne.

 

Portrait réalisé par Ruth Grâce Paluku

Ruth est étudiante en sociologie à l'USL-B. Elle est actuellement volontaire chez Magma, elle s'intéresse beaucoup à l'écriture et au journalisme. Ruth est aussi très engagée dans tout ce qui touche à l'enseignement supérieur, le féminisme et le racisme.